26 juin 2006
Du Mali au Burkina
Bandiagara est un gros village assez touristique. Amandine et Jeff sont stagiaires là bas et y habitent depuis plus de trois mois. Ils travaillent sur le nim. C’est un arbre originaire d’Inde et ramené ici en Afrique de l’Ouest. Yen a partout et avec le baobab, c’est un des seuls arbres présents dans ces paysages désertiques. Le Nim a été rapporté en Afrique, mais pas les savoir faire ancestraux faire qui vont avec. Pourtant, il a de nombreuses propriétés médicales (anti paludisme) et agronomique.
Jeff et Amandine, nos deux agros, bosse sur ses qualités protectrices contre les insectes. Les graines du Nim, sous forme d’huile, protègent les semences stockées contre les insectes et, appliquées au champ, peuvent augmenter les récoltes de manière naturelle. L’enjeu est important. Dans la région, les agriculteurs ont été poussés à consommer des insecticides chimiques pour leurs cultures. Mais bien souvent, ils ne savent pas lire, et donc ne connaissent pas le mode et les doses d’application. Au final, beaucoup de terres ont été bousillées. Cet insecticide naturel pourrait donc être très bénéfique pour les paysans.
Après quelques jours passés en leur compagnie, je suis reparti pour une mission transport vers le Burkina. J’ai en effet rendez vous avec Pierre et Anael à Bobo Dioulasso. 650 km à nouveau, mais cette fois je suis prévenu : va y avoir des galères ! Ca n’a pas loupé, le bus qui devait faire la liaison directe ne part pas car il n’a pas assez de clients. Ca commence bien ! Je prends donc le premier bus qui part dans la bonne direction, et je m’arrête dans une petite ville en chemin. Pas de bol, il n’y a pas d’hôtel et il est déjà minuit. Finalement, je passe la nuit dans la cour de la gendarmerie. Trois changement de bus plus tard, quelques heures d’attente et un passage de frontière « à l’africaine », je retrouve les deux compères à Bobo Dioulasso.
25 juin 2006
Randonnée au Pays Dogon
Sans entrer dans les détails, le Mali est composé d’une grande mosaïque de peuple : les Touaregs au nord, les Peuls qui sont éleveurs nomades… A Bandiagara, ceux sont principalement les Dogons. On a fait une randonnée de quatre jours en faisant des haltes dans leurs villages accrochées à la falaise. On est parti avec Adi, un ami de Jeff et Amandine. Il est Dogon et nous a raconté leur histoire assez complexe. Il nous a présenté au grand Hogon, le vrai, l’unique, celui qui vit seul haut perché et ne sort jamais de sa maison. On a eu droit à une petite cérémonie, avec cadeau et noix de Kola.
Les villages Dogons sont très jolis et différents les uns des autres. Ils ont des greniers très caractéristiques, où ils stockent le mil et le sorgho. En fait, vers le 11ème siècle, ils ont pris la place des Tellems, peuple troglodyte qui vivaient dans les falaises. Du coup, ils sont perchés là haut, loin des puits d’eau mais dans un cadre trop beau.
On a beaucoup marché, souvent sous une chaleur torride et sur le sable brûlant : dans le désert, sur la falaise. On a pu prendre conscience de l’importance primordiale de l’eau : on était comme des fous dès qu’on croisait un puit et on buvait près de 6 litres par jour (tout ça qui partait aussitôt en transpi). On a marché dans des paysages superbes aux couleurs impressionnantes.
Adi nous a présenté à ses amis dans les villages, nous a raconté ses petites histoires, et on a passé les heures chaudes de la journée à taper la belote. Bref, quelques jours de rando bien crevants mais aussi bien intéressants.
20 juin 2006
Baptême africain
L’étape africaine tant attendue… pour découvrir son atmosphère et son rythme de vie. Et bien je n’ai pas été déçu. Et cette ambiance a commencé dès l’embarquement à Paris, où c’était un gros bordel. Des malles immenses, des bagages dans tous les sens, plein de monde qui s’agite et qui essaie de refiler des valises parce qu’ils dépassent les kilos autorisés. Dans l’avion, c’est pareil : on est 4 pour 3 sièges, les gamins piaillent, un mec fume dans les toilettes…l’hôtesse de l’air pète un câble !
Arrivée à Bamako, c’est la chaleur qui nous épuise, et rapidement les guides cherchent à m’embrouiller. Après une courte nuit, mon objectif est de rejoindre Bandiagara dans la journée pour retrouver Amandine et Jeff, amis de ma chère ENSAIA en stage là bas. Faut dire qu’il n’y a que 650 km. Pour un novice de l’Afrique, ça peut paraître jouable en une journée. Et bien je n’y arriverais pas !
Je commence par une embrouille à Bamako : je fais confiance à un pseudo guide qui me dit qu’il n’y a plus de bus direct pour Mopti (erreur !) et le suis jusqu’au carrefour à la sortie de Bamako. Là, je prends le premier bus qui m’arrête à Ségou, j’ai payé le double (raisonnable mais je suis quand même dégoûté !). J’attends. Je prends un bus qui s’arrête 50 mètres après la gare, juste après le virage : panne. J’attends 2h sous le cagnard ! Je remonte, et j’apprends que le bus ne va pas à Mopti comme prévu.
Bon, étape supplémentaire, je m’arrête à mi chemin. Je commence à perdre espoir pour mon objectif de la journée. Une crevaison après, et l’arrêt prière à la tombée de la nuit passé, je rejoins Mopti à 1h du mat’. Je comprends donc bien vite qu’il ne faut pas avoir un planning trop serré ici. Il reste une heure de route jusqu’à Bandiagara que je ferais le lendemain matin. J’arrive chez Jeff et Amandine, bien heureux de les retrouver après cette bonne galère bien marrante au final.
08 avril 2006
Le Salvador : j’adore !
J’ai peut être donné une image un peu négative du Salvador dans mon précédent message quand je décrivais l’occupation américaine. Je le nuancerais d’ailleurs suite aux discussions que j’ai pu avoir avec les locaux, qui sont bien souvent contents de l’aide américaine (« Grâce aux Gringos, on a tous reconstruit en 10 ans, on a atteint un niveau de développement bien supérieur à nos voisins »). Ils prennent cependant parfois conscience de l’ampleur de leur influence et de la dépendance engendrée. Et que le développement actuel concerne uniquement les personnes les plus riches du pays, laissant la moitié de la population sans argent. Mais la situation est prise avec sourire accompagné d’une certaine fatalité.
Je veux être clair, c’est un pays génial, j’y ai passé de bons moments.
Il y a très peu de touristes, à cause peut être de l’image de pays en guérilla, mais pourtant beaucoup de ressources. J’ai pu testé les plages réputées pour le surf et aux couchers de soleil plutôt sympas, des paysages vallonnés, des petits villages de montagne entourés de cascades et de plantations de café…
La cuisine aussi vaut le détour. Leur spécialité, c’est le « pupusa ». Ce sont des galettes de maïs fourrées au fromage, au poulet, et aux haricots rouges bien sûr. A Juayua, c’est la fête gastronomique tous les week-ends. J’y ai trouvé des filets mignons sauce champignons, chorizo et pupusas par millier… Un régal d’odeurs !
Mais le plus extraordinaire dans ce pays, ce sont les salvadoriens. Ils sont trop chaleureux. Quand t’as l’air un peu paumé, ils viennent d’eux même te demander s’ils peuvent t’aider. Et j’ai eu de bons délires avec des copains d’un jour. Là c’est Hector, Ademir et Flonco avec qui j’ai passé l’après midi à la playa el Sunzal. Ils m’ont appris l’hymne salvadorien.
Et puis, ca faisait depuis la Nouvelle Zélande que quelqu’un ne m’avait pas invité à dormir chez lui. J’ai rencontré German dans le bus pour aller à Juayua. Comme les hôtels étaient assez chers ici, il m a proposé d'utiliser son hamac. Et bien finalement, on s’est bien entendu et j’ai même dormi dans sa maison (euhhh, mais pas dans son lit rassurez vous!)…
05 avril 2006
El Salvador : c’est pas ce que j’imaginais
Pour bon nombre de français, le Salvador c’est un pays dangereux, tout juste sorti de la guerre, parmi les plus pauvres d’Amérique centrale. Je suis arrivé avec ces idées et là, quelle surprise : routes impeccables, gros buildings de verre et d’acier, centres commerciaux de 5 étages (j’en avais jamais vu des si énormes en France), bâtiments flambants neufs, complexes cinémas, banques à chaque coin de rue, l’anglais est la deuxième langue du pays, on paie en dollars … nanas en tailleur et mecs en costard façon occidentale.
Mais derrière tout ça, on trouve les gros dollars américains. C’est pizza hut, Mc Do, Wendy’s, Microsoft, etc qui sont là. Et pour cause. Au sortir de la guerre, les Etats-Unis ont investi massivement et leur présence est frappante, à l’image de leur ambassade, la plus grande d’Amérique centrale, qui est une petite ville à elle toute seule.
Sur les six millions de salvadoriens, un tiers vivent aux Etats-Unis, ce qui assure incontestablement une entrée de dollars, mais une perte culturelle aussi…
Certes le niveau de vie est supérieur qu’au Guatemala, Honduras et Nicaragua, le salaire moyen est de 160 dollars, mais les inégalités sont bien présentes. A San Salvador, une vingtaine de familles détiennent la majorité des centres commerciaux et des hôtels…à côté de ça, on voit toujours les petits marchands ambulants postés au pied des KFC ultra modernes.
Et moi qui croyais que le temps du colonialisme était révolu… ?!
03 avril 2006
La remontee de l Amerique Centrale
Devant le nombre grandissant des demandes (Chira, Granada, Leon, Salvador...on s en sort pas!), voila une petite carte schematisant notre remontee de l Amerique Centrale. Avec les etapes au Costa Rica (San Jose, Ile de Chira), au Nicaragua (Granada, Managua, Leon) au Salvador (San salvador, Playa el Sunzal, Juayua) et au Guatemala (cote pacifique), avant de franchir la frontiere mexicaine pour arriver au Chiapas.
30 mars 2006
Frontières, bus et douaniers…
Il existe un bus qui va directement de Managua au Savador : 10h, 28 dollars. Trop cher. Je me mets au défi de faire le même trajet pour deux fois moins cher. Mission accomplie : 7 bus différents, 11h et seulement 8,5 dollars ! Et en plus, il y a quelques histoires marrantes :
Au Honduras, notre bus se fait arrêter pour un contrôle d’identité. Tout le monde dehors, passeport à la main. Le policier bloque sur le mien, le feuillette et le garde, sans dire un mot. J’ai fait une connerie ? Il m’emmène dans leur bureau et là, un peu gêné quand même, il me demande : Que tàl la India ? J’hallucine ! Le policier fait poiroter un bus entier pour me demander comment c’est l’Inde.
A la frontière entre le Honduras et le Salvador, il y a une énorme file d’attente, et un médecin distribue des médocs aux personnes entrant dans le pays. Arrivé mon tour, intrigué, je lui demande à quoi ça sert. Il me répond que le gouvernement fait une campagne et distribue gratuitement ces anti-paludéen et anti-dengue. Il assure qu’avec trois pilules t’es entièrement protégé pour deux semaines. Septique, je lui explique que nous en France on n’a pas de traitement aussi efficace et que je suis étonné de la générosité du gouvernement (sachant que nos cachetons de Malarone coûte trois euros pièces…). Mais je m’enfile qund même es médocs et c’est vrai, ils avaient un fort goût de Quinine…
29 mars 2006
Remontée de l’Amérique centrale : le trip volcans
Tout le long de la côte pacifique, il y a plein de volcans. Ils appellent ça la route des volcans. Mais rien à voir avec l’Equateur, où les volcans sont perchés dans la cordillère des Andes à des altitudes de 4000 à 6000 mètres. Non ici c’est le calme plat, des grandes plaines et soudain des cônes parfaits qui s’élèvent pour autours de soi. Ca créé un paysage assez particulier, ça ressemble à ça :
Et bien sûr, c’est comme un appel à l’ascension, ça vous attire, pour avoir un superbe panorama de toute la région. Alors je me suis pris d’un trip volcans.
Le volcan Masaya, le plus impressionnant. Arrivé au sommet, on surplombe un immense cratère d’où s’échappe une épaisse fumée qui pue le souffre. Ca s’active sévèrement là-dedans !
Et puis le plus beau, le plus majestueux, le cône parfait : le Momotombo. C’est l’emblème du Nicaragua. Une belle grimpette sous le soleil brûlant de midi, à flanc de volcan sur la lave noire : tu fais un pas, tu recules de deux ! L’effort est récompensé : vue magnifique sur le lac de Managua…
28 mars 2006
Le Nicaragua en solitaire
Passage de frontière entre le Costa Rica et le Nicaragua : c’est deux mondes. Le Costa Rica m’avait frappé par son développement (apparent), son organisation, ses institutions bien rodées (ya une sécurité sociale comme chez nous !). Mais là, grosse différences ! Le Nicaragua est le deuxième pays le plus pauvre de l’hémisphère nord après Haïti, et ça se voit ! Retour à la pauvreté plus flagrante dans les rues…mais toujours la générosité et la joie de vivre ! J’ai eu de belles rencontres…
Dès la frontière, on s’entasse tous dans un bus. Je me retrouve au fond, avec des bad boys approchant la soixantaine. Ca rigole, ça déconne. Je leur explique mon voyage, et leur tend ma flasque pour leur faire goûter le Zhumir, alcool équatorien. Ils la finissent en une tournée. Ils se mettent à chanter des paillardes en espagnol local et chambrent les quelques nanas présentes. Et oui, le machisme est bien présent ici !!
Je fais escale à Granada, une jolie ville coloniale pleine de charme, sur les bords du lac de Nicaragua. Je ne reste pas seul bien longtemps puisqu’une bande de chauffeurs de bus n’accoste et m’emmène avec elle. On parle de leur pays, de leur boulot et de leur eldorado tout proche…le Costa Rica. Enfin, grandes discussions accompagnées de bières, bien sûr !!
A Managua, les touristes ne courent pas les rues. Et pour cause, elle a réputation d’être la ville la plus dangereuse de l’Amérique centrale. J’y serais que de passage, pour rencontrer à l’Institut du Tourisme les responsables d’un projet de développement du tourisme communautaire, mais toutes les personnes rencontrées me diront : « Ne restez pas là, c’est dangereux » ou « Prenez un taxi ou vous allez vous faire agresser »… c’est sûr, comme ça les touristes, ils ne restent pas !
28 janvier 2006
Chili : Bachelet Présidente !!!
Changement de continent, changement de culture, changement de température (il fait froid la nuit à 4000 mètres), changement de langue (dur pour nous qui sommes débutants en espagnol), changement d’heure et de jour (je suis arrivé avant d’être parti !), changement de paysage (c’est plutôt désert par ici)…
Dimanche 15 janvier. Calama, Chili. J’arrive à Calama, au nord du chili, en début d’aprèm. Je passe la journée à parcourir cette ville au beau milieu du désert avec Adeline, une lyonnaise en stage au Pérou. Et on atterrit dans le siège du parti socialiste, au milieu de militants qui boivent du mousseux et mangent des « petits fours ». Ils nous invitent, cool, mais c’est qui Bachelet ? Bon, on se prend au jeu, on aide aux préparatifs de la grande fête de la victoire : on bricole des banderoles, on gonfle des ballons…
Tout le monde est devant la télé, ça y est, les scores sont annoncés : Bachelet est présidente ! On saute partout, on se fait les bises et en 2 minutes on est tous debout dans les pick up et pendant plus d’une heure on fait le tour de la ville à crier, klaxonner, jeter des confettis et des tracts du parti socialiste. On hallucine complètement, alors qu’on imaginait ne jamais faire ça en France, nous voilà en train de jouer les militants au Chili. Bachelet Presidenta !
Il y a foule dans les rues, les gens chantent et braillent. C’est l’euphorie, c’est la première femme présidente !




