C’est un nouveau projet en développement. On était donc les bienvenus pour expérimenter leur trek dans le parc naturel du Virachey. Trois jours et deux nuits dans la jungle, la vraie. Pour le moment, plusieurs circuits sont proposés, nous en avons testé un nouveau. Le projet est de proposer toute une série de treks de 2 à 14 jours, d’y insérer du kayak, de construire des logements traditionnels pour y passer les nuits sur le parcours… Mais pour le moment, rien de tout ça, c’est la phase expérimentation des parcours, on a donc bien tripé à se frayer un chemin à coup de machette dans la forêt.p3100022dscn0713

Voila les aventuriers:

p3120054On est accompagné de deux guides, un premier parlant anglais et un autre issu d’une communauté locale et connaissant parfaitement les lieux. Les recettes sont partagés entre l’entrée dans le parc naturel, le salaire des guides, les frais de fonctionnement et d’investissement du projet, et le fond de développement de la communauté. Jusqu’à présent (8 mois d’activité), aucune action de développement n’a été mené parce que les investissements sont importants et le gouvernement engouffre une bonne partie des bénéfices (ce qui, cela dit au passage, est un énorme problème au Cambodge puisque tous les projets de développement communautaires se font sucer les bénéfices par les différents ministères).

Situons le lieu : parc naturel du Virachey, c’est une énorme forêt primaire (rien à voir avec nos forêts française, les fifons seraient aux anges) qui s’étale dans le nord est du pays, au Laos et au Vietnam.

Sac au dos et grosse godillos, on s’enfonce dans cette jungle en suivant Toum, notre guide local issu d’un village en bordure du parc. Il connaît la forêt comme sa poche. Heureusement, parce que nous on est paumé ! Bon, lui il porte des tatanes en plastoc et du haut de ses 150 cm il file, machette à la main. Et nous derrière, on trime avec notre chargement de GI américain. A chaque pause, on se retire une bonne vingtaine de sangsues qui nous sucent les pieds et les jambes.

dscn07301A plusieurs reprises, on s’est dit ซ  et bien, je comprends pourquoi les ricains ont perdu leur guerre dans cette forêt ป. Goooood mooooorning Vietnam ! Aucun chemin, impossible de se repérer, des sangsues qui vous bouffent, notre équipement pas adapté du tout… Et Toum qui nous emmène dans les rivières quand la végétation, trop dense, nous empêche de passer. Lui, se balade en tongue dans cette jungle, s’arrache les sangsues d’un coup de main assuré, se faufile à travers les bambous, les lianes et les grosses racines, alors qu’on reste bloqué dans cette végétation impénétrable. A plusieurs reprises, on a eut l’impression de tourner en rond, d’être perdu au beau milieu de la jungle, mais Toum, en trois coups de machettes, retrouve sa piste.

C’est une forêt primaire. Elle nous semble intacte, intouchée et intouchable par l’homme. On rencontre des arbres énormes, des araignées énormes et multicolores et une végétation compacte. Pourtant, nous avons traversé 2 villages aux abords du parc naturel. Les locaux effectuent une rotation tous les 3 ans sur 3 parcelles différentes qu’ils déboisent en brûlant toute la végétation. Pour nous, ça nous paraît inconcevable de brûler une forêt primaire pour faire pousser quelque culture aux rendements insignifiants, mais c’est une pratique ancestrale, en accord avec la nature, à respecter !

rivi_reOn marchait donc environ 6h par jour, sans faire une distance énorme : il fallait couper les lianes, se frayer un chemin. On a dû franchir quelques rivières, certaines en radeau fabriqué en bambou, d’autres à pied, le sac sur la tête et l’eau jusqu’au menton (là, Toum faisait moins le malin : il était obligé de prendre sa respiration et de traverser entièrement sous l’eau !!)…

pict0073En fin d’après midi, on monte le camp. A côté d’une rivière, le coin vous plaît ? Ok, on s’installe. Après quelques coups de machettes dans le bambou, la forêt qui ne se laissait pas pénétrer tout à l’heure nous a offert un petit coin romantique pour la nuit. On accroche nos hamacs dans les arbres, on prépare le feu, et puis allez on se lance, c’est l’esprit scout qui revient. Le défi : construire une petite table (modèle trappeur, cf copain des bois) avec du bambou mais sans clous ni ficelle. Amis scouts, j’ai retrouvé mes sensations et j’aurais reçu à coup sûr le label Artisan&Aventurier avec les félicitations de la maîtrise. Voilà le travail :

scouts